Le cyberharcèlement touche chaque année des milliers de jeunes et d’adultes en France. Messages offensants répétés, photos partagées sans accord, rumeurs propagées sur les réseaux sociaux… Ces actes ne sont pas anodins : ils ont un impact réel sur la santé mentale des victimes. Si vous ou votre enfant êtes concerné, il existe des démarches précises à suivre et des interlocuteurs compétents pour vous accompagner.
Reconnaître le cyberharcèlement
Le cyberharcèlement se distingue d’une simple dispute en ligne par deux caractéristiques : la répétition des actes malveillants et le déséquilibre de pouvoir entre la victime et l’auteur (ou le groupe d’auteurs). Il peut prendre de nombreuses formes : insultes par messagerie, publication de photos humiliantes, usurpation d’identité, exclusion délibérée d’un groupe, chantage affectif ou sexuel.
Il touche aussi bien des adolescents que des adultes, sur toutes les plateformes : Instagram, TikTok, WhatsApp, Discord, jeux en ligne, etc.
Étape 1 : ne pas répondre et ne pas effacer
La première réaction instinctive est souvent de répondre ou, au contraire, de tout supprimer. Ces deux comportements sont contre-productifs. Ne répondez pas aux provocations : cela risque d’amplifier la situation. Ne supprimez rien : vous avez besoin de preuves pour toute démarche ultérieure.
Étape 2 : conserver les preuves
Avant toute action, documentez soigneusement ce qui se passe :
- Faites des captures d’écran de chaque message, commentaire ou publication (avec la date visible si possible).
- Notez les noms de profil, URL des pages concernées et horodatages.
- Conservez ces éléments dans un dossier sécurisé (cloud personnel, clé USB).
- Si des contenus disparaissent rapidement, des outils comme la plateforme Pharos permettent de les signaler avant leur suppression.
Étape 3 : signaler les contenus illicites
Plusieurs canaux officiels permettent de signaler les contenus problématiques :
- Pharos (Plateforme d’Harmonisation, d’Analyse, de Recoupement et d’Orientation des Signalements) : accessible sur internet-signalement.gouv.fr, ce service de la Police nationale et de la Gendarmerie reçoit les signalements de contenus illicites en ligne.
- Les plateformes elles-mêmes : chaque réseau social dispose d’un bouton de signalement. Utilisez-le systématiquement : cela peut entraîner la suppression du contenu et la suspension du compte fautif.
- ARCOM : pour les contenus diffusés sur des services audiovisuels ou des plateformes de partage de vidéos, l’ARCOM dispose d’une procédure de signalement spécifique.
Étape 4 : bloquer l’auteur
Une fois les preuves collectées et les signalements effectués, bloquez l’auteur sur toutes les plateformes concernées. Le blocage empêche tout contact direct et limite la visibilité de votre profil à la personne malveillante.
Sur la plupart des applications, cette option se trouve dans les paramètres du profil de l’utilisateur concerné.
Étape 5 : contacter les bonnes personnes
Ne restez pas seul face à cette situation. Plusieurs interlocuteurs sont disponibles :
| Contact | Pour qui | Comment |
|---|---|---|
| 3018 (e-Enfance) | Jeunes, parents, professionnels | Appel gratuit, 7j/7, 9h-23h |
| 116 006 | Victimes d’infractions | Aide psychologique et juridique |
| cybermalveillance.gouv.fr | Tous publics | Mise en relation avec des professionnels |
| Police / Gendarmerie | Dépôt de plainte | En commissariat ou en ligne |
Le 3018, géré par l’association e-Enfance, est la référence nationale pour les jeunes victimes de cyberharcèlement. Les conseillers peuvent intervenir directement auprès des plateformes pour demander le retrait de contenus.
Étape 6 : déposer plainte
Si les faits sont graves ou répétés, déposez plainte auprès des forces de l’ordre. Vous pouvez le faire :
- En vous rendant dans un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie.
- En ligne via le portail dédié pour certains types d’infractions.
Apportez toutes vos captures d’écran et la liste des incidents avec leurs dates. Plus le dossier est complet, plus le traitement sera efficace.
Ce que dit la loi
Le harcèlement en ligne est puni par la loi française. L'article 222-33-2-2 du code pénal punit le harcèlement moral de 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende. Si les faits sont commis via un réseau numérique, la peine peut être aggravée. La diffusion de photos ou vidéos intimes sans consentement relève de l'article 226-1 du code pénal (atteinte à la vie privée) et peut être punie de 2 ans d'emprisonnement et 60 000 € d'amende. Des dispositions spécifiques existent pour les mineurs auteurs.
Accompagner un enfant victime
Si c’est votre enfant qui est concerné, l’écoute est primordiale. Ne minimisez pas la situation et ne lui reprochez pas d’avoir “mal géré” les réseaux sociaux. Quelques conseils :
- Croyez-le et rassurez-le : la honte est souvent du côté de la victime, à tort.
- Aidez-le à conserver les preuves sans toucher lui-même aux captures.
- Contactez l’établissement scolaire si le harcèlement implique des camarades.
- Consultez un professionnel de santé si l’enfant présente des signes d’anxiété ou de repli.
Pour en savoir plus sur les outils de protection numérique, consultez notre guide sur le meilleur logiciel de contrôle parental en 2026 et notre dossier sur la sextorsion et la protection des adolescents.
Les ressources à garder à portée de main
- e-enfance.org – informations et accès au 3018
- cybermalveillance.gouv.fr – diagnostic et mise en relation
- internet-signalement.gouv.fr – signalement Pharos
En résumé
Face au cyberharcèlement, la priorité est de ne pas répondre, de tout documenter, puis de signaler et bloquer. Le 3018 (e-Enfance) est le premier réflexe pour les jeunes et leurs parents. Pharos permet de signaler les contenus illicites aux autorités. En cas de faits graves, le dépôt de plainte est indispensable. Vous n’êtes jamais seul : des professionnels formés sont disponibles pour vous guider à chaque étape.